Imaginez pouvoir demander à un assistant conversationnel ce qui déterminera la trajectoire du développement économique de l’UE à l’avenir. Sa réponse serait probablement «l’intelligence artificielle», et les politiciens et experts auraient du mal à trouver mieux. En 2018, la Commission européenne a adopté avec les États membres un plan coordonné ‒ révisé en 2021 ‒ pour accroître les investissements dans l’intelligence artificielle (IA) et adapter le cadre juridique. L'objectif était de placer l’UE sur la voie qui la mènerait à devenir un chef de file mondial de l’IA, malgré la concurrence féroce des États-Unis et de la Chine notamment. Les auditeurs de la Cour des comptes européenne ont évalué dans quelle mesure la Commission a exécuté ce plan et ont analysé son rôle dans la mise en place d'un écosystème d’IA européen. En d’autres termes, les efforts de l’UE sont-ils suffisants pour ne pas manquer le grand tournant de la révolution technologique en cours?

L’intelligence artificielle (IA) est une technologie qui promet de transformer les économies, de stimuler la croissance et de relever les défis de société, mais elle n’est pas sans risques: certains, inhérents, menacent la sécurité, tandis que d’autres sont susceptibles de bouleverser les équilibres économiques et sociétaux. Elle englobe diverses technologies en constante évolution, qui développent des synergies avec d’autres tendances émergentes (par exemple dans les domaines de la robotique, des mégadonnées et de l’informatique en nuage, du calcul à haute performance, de la photonique et des neurosciences). Une avancée majeure a été réalisée avec la création d’algorithmes d’apprentissage automatique capables, par l’intermédiaire de processeurs spécialisés, non seulement d’apprendre à partir de grands volumes de données, mais également d’améliorer de manière autonome la qualité de leurs résultats au fil du temps.

L’IA étant une technologie profondément révolutionnaire, des investissements efficients et une réglementation adéquate seront essentiels pour déterminer la vigueur de la croissance économique dans les années qui viennent. À compter de 2024, le marché mondial de l’IA devrait, selon les prévisions, enregistrer une croissance annuelle de 15,8 % pour atteindre une valeur de 680 milliards d’euros en 2030. Plusieurs pays se sont fixé pour objectif stratégique de prendre l’avantage dans la mise au point et le déploiement de cette technologie. Les États-Unis ont longtemps fait la course en tête grâce à la Silicon Valley, pôle d’innovation mondial dans le domaine de l’IA. La Chine a elle aussi élaboré un plan de développement qui prévoit l’investissement de fonds publics pour s'imposer dans ce secteur d’ici 2030.

Dans l’UE, c’est aux États membres qu’incombe au premier chef la responsabilité d’encourager l’innovation dans l’IA et l’adoption de cette dernière. L’UE intervient pour renforcer la confiance des consommateurs dans le numérique par l’harmonisation des règles nationales en la matière, telles que la réglementation sur l’IA et le partage de données. En outre, la Commission entendait soutenir l’écosystème d’IA sur le plan financier, principalement par l'intermédiaire de programmes de l’UE pour la recherche et le numérique. Par son plan coordonné de 2018 sur le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle «made in Europe», elle a tracé le chemin de l’UE vers une position dominante sur la scène mondiale de l’IA. Ce plan a été actualisé en 2021. Il visait principalement à mettre en place un écosystème d’IA européen fondé sur la confiance et l’excellence. Les objectifs de l’UE en matière d'investissements publics et privés dans ce secteur étaient de 20 milliards d’euros au total pour la période 2018-2020, un montant de 20 milliards par an étant prévu pour la décennie suivante. La Commission s’était engagée à porter les investissements financés par l’UE dans la recherche et l’innovation en lien avec l’IA à 1,5 milliard d’euros pour la période 2018-2020 et a prévu 1 milliard d’euros par an pour la période 2021-2027. Pour ce qui est du financement public par les États membres de stratégies en matière d’IA, la France et l’Allemagne ont annoncé les budgets les plus importants.

Pour déterminer dans quelle mesure la Commission a contribué à la mise en place d'un écosystème d’IA dans l’UE, les auditeurs de la Cour des comptes européenne (et pas des assistants conversationnels!) ont examiné les mesures prises par la Commission pour exécuter les plans de 2018 et de 2021 de manière coordonnée. Ils ont également évalué la mise en œuvre de la recherche et de l'innovation dans l’IA financées par l’UE et des mesures visant à promouvoir le déploiement et l’intensification des innovations dans l’IA. Nos grandes interrogations étaient les suivantes: les efforts de l’UE ont-ils stimulé l’investissement dans l’IA; l’UE a-t-elle réalisé des investissements suffisants et de même ampleur que ceux des autres grands acteurs mondiaux; les mesures qu’elle a financées pour déployer et intensifier l’innovation dans l’IA ont-elles été efficaces?

Nos réponses à ces questions vous intéressent? Notre audit donnera une idée des résultats des plans de l’UE dans le domaine de l’IA, éclairage qui pourrait jouer un grand rôle dans le cadre de futures révisions ou de débats sur d’autres mesures en faveur de l’IA à l’échelle européenne. Notre rapport sera publié sur notre site internet le 29 mai prochain, à 00 h 01. Restez à l’affût!

Intelligence artificielle: le plan ambitieux de lUE russit-il?